Des données sans personne : le fétichisme de la donnée à caractère personnel à l’épreuve de l’idéologie des Big Data

Antoinette Rouvroy

Parcourue par des logiques de flux et de valorisation des flux, notre époque serait marquée ou se démarquerait – si l’on peut dire – par une « explosion » des volumes de données numériques, reflétant le monde jusque dans ses moindres événements sous une forme éclatée, segmentée, distribuée, décontextualisée, déhistoricisée, ou, pour le dire autrement, sous forme de données individuellement a-signifiantes mais quantifiables, opérant comme de purs signaux en provenance du monde connecté, métabolisables à grande vitesse par les systèmes informatiques. L’enregistrement systématique et par défaut de quantités massives de données numériques et les nouvelles possibilités d’agrégation de ces données (datamining) met à disposition des autorités publiques et des entreprises privées une nouvelle sorte de « savoir », fondé sur des données triviales, pas nécessairement privées par nature, mais qui, en raison de leur quantité (plus que de leur qualité), nous exposent individuellement et collectivement à une série de risques inédits, irréductibles aux enjeux de protection de la vie privée et de protection des données à caractère personnel.
C’est de quelques-uns de ces risques inédits que nous voudrions esquisser ici une amorce de diagnostic.

http://www.academia.edu/7754350/Des_donn%C3%A9es_sans_personne_le_f%C3%A9tichisme_de_la_donn%C3%A9e_%C3%A0_caract%C3%A8re_personnel_%C3%A0_l%C3%A9preuve_de_lid%C3%A9ologie_des_Big_Data